SCOP et café constituent-ils l’avenir des librairies ?

Nadine Barbecot, confortablement installée dans le nouveau café des Volcans.
Les Volcans, à Clermont-Ferrand, ne présente pas seulement la particularité d’être géré sous forme de SCOP (société coopérative et associative, soit une SARL dans laquelle les salariés sont majoritaires et exercent le pouvoir démocratiquement). C’est aussi l’une des quelques librairies françaises à s’être récemment dotées d’un café pour mieux accueillir ses clients. Ce nouveau modèle constitue-t-il l’avenir de la distribution du livre ? Début de réponse avec Nadine Barbecot, responsable du rayon littérature des Volcans, qui a bien voulu nous en dire plus ce que lui apportent ces spécificités.
Nadine Barbecot, vous êtes responsable du rayon Littérature de la librairie Les Volcans. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la genèse du café que vous avez récemment installé au sein de votre librairie ?
Nadine Barbecot : L’idée de la création d’un café au sein de la librairie est née au tout début de la reprise des Volcans sous forme de coopérative. Tout d’abord, est venue l’idée de créer un tiers lieu pour abriter des rencontres dédicaces auteurs, des groupes musicaux, puisque nous avons un beau rayon CD/DVD des expos peintures, etc. Les dernières et difficiles heures de la librairie Les Volcans/Chapitre ont été adoucies par une extraordinaire mobilisation des Clermontois, des divers acteurs culturels, et la venue d’Emmanuelle Béart et le metteur en scène Stanislas Norday. Tous deux ont lu des textes défendant la culture. Nous avions improvisé une scène au centre du magasin. Un déclic s’est fait à ce moment-là : si nous parvenions à reprendre la librairie en SCOP, alors nous ferions de cet espace tiers lieu pour nos clients, que nous appelons maintenant le PATIO, et ainsi enrichir l’accès à la culture au sein de notre belle librairie.
Pour le café, il a fallu attendre quelques années, et début février 2025, les travaux ont démarré. Le café, car c’est ainsi qu’il se nomme, a ouvert au public en juin de la même année. Très vite, le succès a été là, les Clermontois aiment ce petit café installé dans un bel écrin, accueillant et cosy. Nous avons beaucoup de chance d’avoir pu leur offrir également une terrasse ! Le PATIO s’est refait une beauté et s’est un peu agrandi, afin de pouvoir accueillir un public de plus en plus nombreux et friand des rencontres que nos camarades chargés de l’évènementiel organisent.
La période de Noël est très animée, dynamique, éclectique, et festive. Le PATIO et LE CAFÉ ne désemplissent pas.
Début février est un moment fort pour nous, avec le FESTIVAL INTERNATIONAL DU COURT MÉTRAGE. Nous avons installé un chalet devant la librairie, fait une embauche supplémentaire pour permettre la mise en place d’un stand de boissons et d’une formule casse-croute pour les festivaliers. Grand succès !
Les Volcans, comme nous nommons notre librairie, et comme les Clermontois la nomment, était déjà le point de ralliement des familles, des amis, donc très naturellement, on se retrouve au café !
Concrètement, quel a été l’impact de cette nouvelle structure d’accueil sur vos résultats ?
N. B: Nous n’avions pas d’hyper objectifs financiers avec la création du café, notre objectif premier étant d’offrir un plus à notre clientèle. Un lieu sympa ou se poser, bouquiner, prendre une douceur, un moment à soi.
Le café est géré par deux femmes dynamiques et professionnelles de la restauration ; elles sont secondées par un serveur supplémentaire ainsi qu’un demi-poste. Le café est en auto-financement, ne dépend pas de la gestion financière de la librairie, tout en faisant bien partie de la SCOP LES VOLCANS.
Les consommateurs sont divers et variés. La majorité sont des clients fidèles, d’autres viennent pour profiter du lieu cosy, travailler sur ordinateur, ou se dorer en terrasse. Pour l’instant, nous n’observons pas une augmentation du résultat de la librairie liée à l’ouverture du café.
Avez-vous d’autres projets de développement ?
N.B : Nous avons fait évoluer notre site semi marchand en intégral marchand. Nous avons créé ce printemps un petit festival de littérature prénommé LES PROVINCIALES. Ce festival va mûrir, évoluer, muter au fil des ans. A suivre !
Après avoir participé à la reprise Les Volcans par ses salariés, quel bilan tirez-vous de cette aventure entrepreneuriale ? Pensez-vous que ce modèle soit applicable à d’autres librairies ?
N.B : 12 ans sont passés depuis la reprise de la librairie par ses salariés sous forme de coopérative. Pour ma part, je ne regrette rien ! C’est une formidable aventure, semée d’embûches, chronophage, mais ô combien jouissive, formatrice et terriblement stimulante ! Le modèle est viable pour d’autres entreprises et bien sûre librairies, mais il faut être dur à la tâche, persévérant et toujours motivé ! La liberté d’expression, de faire et d’agir que nous offre la forme coopérative est sans prix. En revanche, il faut avoir beaucoup de maturité, de recul, de volonté et de passion dans le métier pour un investissement certain et complet, afin de pérenniser son entreprise.
La librairie Les Volcans compte à ce jour presque 50 salariés, dont 19 associés, et une librairie à Riom, qui compte 4 salariées.

